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Articles et témoignages

Bonne lecture !

Je suis hétéro mais je ressens quelque chose pour une femme : le témoignage de Mathilde, 40 ans

  • 21 juin
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 juin

Si vous êtes arrivée sur cet article, c'est peut-être parce que vous traversez quelque chose qui ressemble à ce que je vis actuellement. C'est exactement ce qui m'est arrivé. Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée seule devant mon ordinateur à taper des recherches que je n'aurais jamais imaginé faire un jour. Des phrases comme « pourquoi suis-je attirée par une femme alors que je suis hétéro », « fantasme féminin ou sentiments réels », ou encore « tomber amoureuse de son amie lesbienne ». C'est ainsi que je suis tombée sur ce blog. Pendant longtemps, j'ai lu les témoignages des autres en silence. Aujourd'hui, j'ai décidé de raconter mon histoire à mon tour, parce que je sais à quel point il est rassurant de découvrir que l'on n'est pas seule à se poser certaines questions.


À 40 ans, je pensais me connaître parfaitement


Jusqu'à récemment, je n'avais jamais remis en question mon orientation sexuelle. J'ai eu plusieurs histoires d'amour avec des hommes. Certaines ont duré quelques mois, d'autres plusieurs années. J'ai connu des relations passionnées, des ruptures douloureuses, des périodes de célibat choisies et d'autres beaucoup moins. Je n'ai jamais eu d'enfant, principalement parce que je n'en ai jamais ressenti le besoin profond, et j'ai toujours construit ma vie autour de ma liberté. J'aime voyager, sortir quand j'en ai envie, changer de projet professionnel sans avoir à rendre de comptes à qui que ce soit. Mes proches me décrivent souvent comme une femme indépendante, autonome et sûre d'elle. Pendant longtemps, j'ai cru que cette image correspondait parfaitement à la réalité.


Avec le recul, je réalise pourtant qu'il existe une grande différence entre être sûre de soi et être persuadée que l'on se connaît entièrement. Je pensais avoir fait le tour de mes émotions, de mes désirs et de mes aspirations. Je pensais savoir exactement qui j'étais. Puis une rencontre est venue bousculer toutes ces certitudes.


La rencontre qui a tout changé


J'ai rencontré Camille l'an passé à la fête de la musique de Lyon. Dès notre première conversation, j'ai été frappée par son aisance. Elle était plus jeune que moi d'une dizaine d'années, avec un style assez androgyne qui lui donnait une présence particulière. Elle dégageait quelque chose que je n'arrivais pas à définir. Une forme de confiance tranquille. Elle n'essayait pas de séduire. Elle n'essayait pas d'impressionner. Elle était simplement elle-même.


Nous avons sympathisé ce soir là et sommes restées naturellement en contact. Très rapidement, une véritable amitié est née. Nous pouvions parler pendant des heures de tout et de rien. De nos familles, de nos projets, de nos déceptions amoureuses, de nos peurs les plus absurdes. Avec elle, les conversations semblaient toujours plus simples et plus profondes à la fois. C'est au cours de cette période que j'ai appris qu'elle était lesbienne même si je m'en doutais un peu quand même :) Disons que l'information ne m'a pas surprise. Cheveux courts, tatouages, piercings, toujours en Dr Martens, même l'été. Elle avait un style qui me plaisait beaucoup. Elle parlait avec naturel, sans chercher à se définir par sa sexualité même si il est vrai qu'elle parlait quand mêmes beaucoup de ses nombreuses conquêtes. Pourtant, quelque chose a commencé à changer en moi à partir de ce moment-là.


Mon amie lesbienne semblait vivre une liberté que je lui enviais


Camille avait une vie sentimentale complètement différente de la mienne. Là où j'avais souvent connu des relations compliquées avec des hommes émotionnellement indisponibles ou peu investis, elle semblait évoluer dans un univers totalement différent. Elle me racontait parfois ses rencontres, ses histoires, ses nuits sans lendemain, ses flirts. Certaines duraient quelques semaines, d'autres davantage. Elle semblait capable d'aborder les relations avec des femmes hétéros avec une liberté qui me fascinait. Comment faisait-elle pour les "convertir" ?


Je me suis surprise à l'écouter avec une attention particulière. Non pas parce que j'étais jalouse de ses conquêtes, mais parce qu'elle me donnait accès à un monde que je ne connaissais pas. Un monde dont je n'avais jamais réellement envisagé faire partie.


Petit à petit, une idée s'est installée dans mon esprit. Une idée que je repoussais immédiatement dès qu'elle apparaissait. Et si je voulais savoir ce que cela faisait ? Et si, au-delà de la curiosité, il existait quelque chose de plus profond ?


Suis-je attirée par une femme ou simplement fascinée ?


Pendant des mois, j'ai essayé de rationaliser ce que je ressentais. Je me répétais que j'étais hétérosexuelle. Après tout, toute ma vie semblait le confirmer. Je n'avais jamais été amoureuse d'une femme. Je n'avais jamais envisagé construire une relation avec l'une d'entre elles, ni même de coucher avec. Pourtant, je remarquais des détails qui me troublaient. J'attendais ses messages avec impatience. Je repensais à certaines de nos conversations plusieurs heures après leur fin. Je me surprenais à sourire en voyant son prénom apparaître sur mon téléphone. Lorsque nous avions prévu de nous voir, je réfléchissais davantage à ma tenue que je ne voulais bien l'admettre. Était-ce simplement le signe d'une amitié très forte ? Une admiration ? Une fascination ? Ou quelque chose d'autre ? Plus je cherchais une réponse claire, plus les frontières devenaient floues.


Le fantasme que je n'ose avouer à personne


Je vais être totalement honnête. Ce qui me perturbe le plus n'est pas seulement l'attachement émotionnel que je ressens pour elle. C'est aussi le fait que, pour la première fois de ma vie, j'ai imaginé ce que pourrait être une relation avec une femme. Rien de très précis. Rien de particulièrement élaboré. Juste des pensées qui apparaissent parfois sans prévenir. Des scénarios que je n'avais jamais envisagés auparavant. Et chaque fois que cela arrive, je ressens à la fois de la curiosité et de la culpabilité.


Parce qu'au fond de moi, je continue à me considérer comme une femme hétéro. Je ne me reconnais pas dans l'idée d'avoir soudainement changé d'orientation sexuelle. Pourtant, je ne peux pas nier ce que je ressens aujourd'hui. C'est probablement cette contradiction qui me fait le plus cogiter. J'ai l'impression d'être coincée entre deux réalités qui semblent incompatibles.


La peur de perdre une amitié précieuse


Ce qui m'empêche le plus de parler à Camille, ce n'est pas la peur de sa réaction. C'est la peur de perdre ce que nous avons construit. Notre amitié compte énormément pour moi. Elle est devenue une personne importante dans ma vie. Quelqu'un vers qui je peux me tourner lorsque tout va mal, mais aussi lorsque tout va bien. J'ai peur qu'en lui révélant mes interrogations, quelque chose change définitivement entre nous.


Et si elle prenait ses distances ? Ou au contraire prenait cette occasion juste pour m'initier et me lâcher derrière ? Et si elle pensait que toute notre relation reposait sur une ambiguïté que je n'avais moi-même jamais identifiée au départ ? Parfois, je me dis qu'il vaut mieux ne rien dire. Continuer comme avant. Attendre que ces émotions disparaissent. Puis il suffit d'un message de sa part ou d'un moment partagé ensemble pour que toutes mes certitudes s'effondrent à nouveau.


Peut-on être hétéro et développer des sentiments pour une femme ?


C'est probablement la question qui revient le plus souvent dans mes recherches sur Internet. Et plus je lis de témoignages, plus je comprends que les émotions humaines sont infiniment plus complexes que les cases dans lesquelles nous essayons de les ranger.


Aujourd'hui, je ne sais toujours pas si j'ai des sentiments pour mon amie. Je ne sais pas non plus si ce que je ressens est une attirance passagère, un fantasme, une profonde admiration ou le début de quelque chose que je n'ai jamais connu auparavant.

Ce que je sais en revanche, c'est que cette rencontre m'a obligée à regarder certaines parties de moi-même que j'avais toujours ignorées. Elle m'a appris que l'on peut avoir 40 ans et continuer à découvrir des choses essentielles sur soi.


Ce que j'aimerais dire à celles qui vivent la même chose


Si vous êtes arrivée jusqu'ici parce que vous traversez une situation similaire, sachez que je suis dans le même cas que vous. Je ne prétends pas avoir trouvé les réponses. J'en suis moi-même encore au stade des questions. Mais je crois qu'il est important de s'autoriser à ressentir ce que l'on ressent sans chercher immédiatement à tout expliquer.


Peut-être que cette histoire ne mènera nulle part. Peut-être qu'elle transformera simplement ma façon de me comprendre. Ou peut-être qu'elle m'apprendra quelque chose d'essentiel sur l'amour, l'attachement et les rencontres qui bouleversent une vie lorsque l'on s'y attend le moins. Pour l'instant, je continue d'avancer avec mes doutes, mes peurs et mes interrogations. Et même si cela reste inconfortable, j'essaie de me rappeler qu'il n'y a rien de honteux à se poser des questions sur soi-même, quel que soit son âge.


Photos non contractuelles.

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