Aimer une femme quand la religion l’interdit
- Élodie
- 22 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 déc. 2025
Quand la foi entre en conflit avec le désir féminin
Dans de nombreuses religions, l’homosexualité reste un tabou, voire un interdit explicite. Lorsqu’une femme tombe amoureuse d’une autre femme, ce n’est pas seulement son orientation sexuelle qui est remise en question, mais aussi sa place dans sa famille, sa communauté et sa foi.
Dans de nombreuses traditions religieuses, l’amour entre deux femmes est nié, interdit ou considéré comme un péché. Face à cette injonction, certaines femmes choisissent d’assumer leur orientation, parfois au prix d’une rupture avec leur communauté. D’autres se sentent prisonnières de leur foi, du regard des autres, ou d’un Dieu qu’elles craignent de décevoir.
À travers ces témoignages, elles racontent ce tiraillement entre croyance et identité, foi et amour, loyauté et liberté.
Homosexualité féminine et religion : un interdit toujours d’actualité
Christianisme : “On m’a appris que mon amour était un péché”
« À l’église, on parlait d’amour universel, mais jamais du mien. Très jeune, j’ai compris que ce que je ressentais pour les femmes n’était pas acceptable.J’ai prié pour changer. J’ai cru que c’était une tentation à combattre. Pendant des années, j’ai vécu dans la honte. Aujourd’hui, je vis avec une femme, mais j’ai dû renoncer à ma communauté religieuse. J’ai perdu Dieu pour ne pas me perdre moi-même. » — Claire, 42 ans
Islam : aimer une femme dans le silence et la dissimulation
« Dans ma religion, l’homosexualité n’a pas de place officielle. Elle est considérée comme une faute grave, parfois même comme une abomination.J’aime une femme depuis six ans. Personne ne le sait. Je prie, je jeûne, je crois. Mais je vis cachée. Je mène une double vie, tiraillée entre mon amour et ma foi. Le plus dur n’est pas d’aimer une femme, mais de ne jamais pouvoir la nommer. » — Samira, 35 ans
Judaïsme : “On m’a demandé de choisir entre ma foi et mon identité”
« Aimer une femme, dans ma communauté, c’est sortir de la norme. On m’a clairement fait comprendre que je n’avais pas ma place telle que je suis. J’ai essayé de compartimenter : la synagogue d’un côté, ma vie amoureuse de l’autre. Mais vivre scindée est épuisant. Aujourd’hui, je cherche une spiritualité qui ne m’exclut pas. Une foi qui n’exige pas le sacrifice de mon amour. » — Myriam, 38 ans
Catholicisme traditionaliste : culpabilité, thérapies et renoncement
« On m’a parlé de conversion, de guérison, de renoncement. J’ai cru être malade. Aimer une femme me semblait incompatible avec une “bonne vie chrétienne”. Il m’a fallu des années pour comprendre que l’amour n’est pas une faute. Même aujourd’hui, la culpabilité reste ancrée, comme une empreinte invisible. » — Élise, 29 ans
Ils ont fini par comprendre que mon amour ne détruisait rien
« Quand j’ai annoncé que j’aimais une femme, ma famille a parlé de honte, de péché, de déception. On ne m’a pas adressé la parole pendant presque deux ans. Je suis restée croyante malgré tout. J’ai continué à vivre mon amour sans provocation, sans justification non plus. Avec le temps, ils ont vu que je n’étais pas perdue, ni malheureuse, ni en colère. Aujourd’hui, ma compagne est invitée aux repas de famille. Ce n’est pas parfait, mais c’est normal. Et cette normalité-là, je l’ai attendue longtemps. » — Nathalie, 47 ans, protestante
Islam : “Le silence est devenu tolérance”
« Au début, ma famille a refusé d’entendre. Ils savaient sans vouloir savoir. Je n’ai jamais renié ma foi. J’ai continué à prier, à respecter les traditions, fière d'être musulmane. Je n’ai pas cherché à convaincre. J’ai simplement vécu. Avec les années, le rejet s’est transformé en silence, puis en tolérance tacite. Aujourd’hui, ma compagne existe dans ma vie, même si elle n’est pas nommée. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est une paix que je n’imaginais pas possible. » — Leïla, 41 ans
Catholicisme : “Ma mère a compris avant l’Église”
« Ma mère m’a dit un jour : “Je préfère te savoir aimée que conforme.”Il lui a fallu du temps, beaucoup de larmes, de questions, de contradictions. Mais elle a fini par regarder ma vie plutôt que les règles. Je vais toujours à la messe. Je vis avec une femme depuis dix ans. Je ne me cache plus. Je ne demande plus l’autorisation d’exister.L’Église n’a pas changé, mais autour de moi, oui. » — Marion, 39 ans
Judaïsme : “Ce qui était impossible est devenu banal”
« Au début, c’était un scandale. Une blessure familiale.Puis les années ont passé. Les drames annoncés ne sont pas arrivés. Personne n’est mort de mon amour.Aujourd’hui, je suis mariée à une femme. Nous élevons un enfant. À force, même les plus réticents ont cessé de lutter contre la réalité. Ce qui était un interdit est devenu une habitude. » — Sarah, 44 ans
Assumer son homosexualité ou rester prisonnière de la foi
Pour certaines femmes, assumer leur homosexualité signifie rompre avec leur religion, leur famille ou leur pays. Une décision vécue comme une libération autant que comme un arrachement.
Pour d’autres, le poids du regard social, de la tradition et de la peur de l’exclusion est trop lourd. Elles vivent leur amour dans la clandestinité ou y renoncent complètement, convaincues qu’elles doivent choisir entre être fidèles à leur foi ou à elles-mêmes.
Ce choix impossible laisse souvent des traces profondes : solitude, dépression, sentiment de trahison, perte de repères spirituels.
Vivre normalement : quand l’amour finit par désamorcer la peur
Ces témoignages racontent autre chose que la rupture ou l’exil. Ils disent le temps long, l’usure du rejet, la fatigue de la colère.Ils montrent que, parfois, ce ne sont pas les convictions religieuses qui changent, mais le regard porté sur celles qui aiment autrement.
Vivre normalement, dans ces contextes, ne signifie pas toujours être pleinement reconnue. Cela signifie pouvoir aimer sans se cacher, exister sans se justifier, être regardée comme une fille, une sœur, une mère — avant d’être un problème théologique.
Conclusion enrichie : l’amour, plus fort que les interdits
Ces femmes le prouvent : l’amour ne gagne pas toujours par la confrontation. Il gagne parfois par la durée, la constance, la simplicité.En restant. En vivant. En aimant sans renoncer à soi.
Face aux religions qui condamnent, l’amour n’a pas besoin d’argumenter. Il avance, il persiste, il rassure. Il finit par désamorcer la peur, par fissurer les certitudes, par humaniser ce qui était abstrait.
Et si les textes ne changent pas, les vies, elles, changent les regards.Parce qu’aimer une femme, même quand la religion l’interdit, peut devenir avec le temps un acte ordinaire. Et parce que l’amour, toujours, finit par être plus fort que tout.

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